Chapitre 6 – La violence

Mon attention s’en alla se nicher dans ses yeux d’un vert scintillant. Mon sang ne fit qu’un tour quand je la vis sourire aux convives qui s’agglutinaient tous autour d’un buffet mal réparti. J’étais profondément heureux ce soir-là, et c’est en me pointant face à elle que je la gratifiais d’un « bonjour » des plus naturels. Ceux qui vous font quitter le personnage acerbe et incertain qui font d’habitude de vous un infréquentable. Mais ce genre de saut quantique n’est pas fréquent, voilà pourquoi je ne manquais pas l’occasion d’en profiter quand cela m’arrivait.

Du peu que je me souvienne, elle avait des pommettes apparentes, un regard malicieux mais maternel, une chevelure brune parfaite, un style vestimentaire intemporel, des belles petites mains et une bouche si bien dessinée qu’il était difficile de ne pas jouer au commerce triangulaire avec ses yeux et ses lèvres lorsqu’on la regardait.

Elle était étudiante en médecine, faisait régulièrement du footing, avait déjà disséqué un cadavre et préparait l’internat. Elle était souriante et sociable. Le genre de filles avec qui on aimerait sortir, avec qui on pourrait se projeter. Elle était de celles qui reçoivent à la fois des déclarations d’amour et des propositions indécentes. Elle ne braillait pas, n’était pas vulgaire, et ses mots étaient toujours bien choisis.

Au gré des banalités échangées, j’imaginais qu’elle savait l’intérêt que je lui portais. Mais j’étais à nouveau conquis par le mal. Celui qui vous dit qu’elle « risque de se désintéresser si tu lui montres tout », qu’il faut « prendre ses distances ». L’autre école voulait que je continue à rire avec elle sans me soucier de savoir si ça allait déboucher sur quelque chose. Mais moi, je la voulais !

Je donnais à boire et à manger aux différentes influences qui pourrissaient la vie de mon hypothalamus, ce qui ajoutait un peu plus de confusion dans mon jeu déjà pas très rodé. Alors pour me donner bonne conscience, je mettais ce méli-mélo sur le compte d’une technique qui aurait parait-il fait ses preuves : le fait de souffler le chaud et le froid.

C’est au moment où je faisais deux pas en arrière qu’elle se leva et s’apprêtait à partir. Je lui proposais de la raccompagner, mais elle déclina l’offre au prétexte qu’elle rentrait avec une amie. Phase 2 : je lui demandais son numéro de téléphone, qu’elle me communiqua avec le sourire.

Après lui avoir demandé de ses nouvelles le lendemain soir, je n’ai jamais eu de réponse. Le diagnostic, lui, était aussi glacial que déstabilisant. « Normal, me répondit Amandine, mon amie. Soit tu l’avais le soir-même dans ton lit, soit rien. Il n’y a pas d’entre-deux. Ni son niveau d’alcool ni le peu de temps que vous aviez ne lui permettait de te connaître. Pourquoi aurait-elle envie de te revoir ? ».

Quelle violence.

Ziyad

Ecrit par Ziyad

Des textes qui me passent par la tête !

Qu'en pensez-vous ?

Laisser un commentaire

Avatar

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Chapitre 3 – L’évidence

Chapitre 9 – Le crime de lèse-majesté